En 1992, recherchant des informations sur le Minotaure, j’ai découvert « Les noces de Cadmos et Harmonie » de Roberto Calasso. J’ai alors entrepris un voyage de cinq ans, jusqu’en 1997, au cours duquel la suite mythologique s’est formée… De figuration animale et ludique, mes sculptures, hormis Actéon et Chiron sont naturellement traversées par le Taureau. La pièce Zeus, le grand taureau bleu, fil conducteur de la tragédie est constamment présent dans l’immédiate métamorphose lecture-sculpture.
Dans une même résonance, les bois flottés, la mer, les bois d’oeuvre s’unissent à ces figures émergées du livre, lui même surgi de l’histoire des dieux, des sacrifices, de la virginité, des viols, de l’amour et des mystères…. METAMORPHOSES. « Les formes se manifestaient dans la mesure où elles se transformaient » p. 21
Cette suite mythologique n’aurait pu exister sans l’environnement dans lequel se situait mon atelier à Reviers
– avec les marais de la Seulles « Mais les dieux habitaient une nature ultérieure par rapport à la nôtre c’est à elle qu’appartenait le marais » p. 52,
– et les plages de la Manche : Aphrodite gisant sur la plage, les néréides arrivent doucement par le flot des marées, filles des vieux époux, épaves patientes des bords de mer, bois et autres objets flottés.





Il y a quelques années, dans l’atelier d’Arlette Lebouvier, reprenaient vie les dieux et leurs métamorphoses. La mythologie quittait à nouveau le livre et à nouveau prenait forme, la mythologie liait la sculpture et l’écriture. Des feuilles de vignes peintes sur une pièce de bois, un sarment posé telle une couronne sur la tête du taureau, Bacchus est le premier né de la suite mythologique. Puis c’est le livre de Roberto Calasso Les Noces de Cadmos et Harmonie qui donne le rythme à cette suite. Ici, toutes les histoires sont mille fois racontées, contredites, reprises, revisitées.
Là, les longs corps des taureaux et des génisses sont créés et recréés, travaillés et retravaillés, de pièce en pièce pour former une grande famille, un grand corps mythologique. Les récits ont traversé les siècles avant de donner matière à Roberto Calasso. Les bois flottés ont traversé les mers, ont erré longtemps sur l’écume avant de donner matière à Arlette Lebouvier. Et chacun jongle, assemble et colore son trésor. Il n’y a plus de violence, de cruels destins, de fatalité.
Les héros sont maintenant les spectateurs et observent avec humour et coquetterie, dans le ludique montage de leurs formes fières, les activités des hommes.
Chaque œuvre porte en elle l’étincelle du divin, non plus celle du sacré, chacun trône avec sérénité sur son socle de bois.
«Dans les histoires crétoises, il y a un taureau au début et un taureau à la fin». Ainsi se multiplient à l’infini les sculptures et leurs histoires. Ainsi courent les assonances dans l’immense résonance de la mythologie.
Marie Rouzin





